Techniques appliquées à la santé - Biotechnologies - Médicaments - Imagerie - Bioingénierie - Chirurgie
La création des instituts thématiques multi-organismes (ITMO), dans le cadre de l’Alliance nationale pour les sciences de la vie et de la santé, a pour but de répondre à des besoins ressentis par la communauté scientifique : doter la recherche française d'outils permettant de coordonner l’action des organismes publics, de faire ensemble une analyse globale des équipes et des moyens disponibles dans chaque thématique, de développer à partir de là une vision stratégique en pointant les forces et faiblesses de notre système de recherche
Si l'essentiel des avancées dans les domaines de la biologie et de la santé résulte des progrès de la recherche fondamentale, il s’avère que des approches technologiques nouvelles peuvent aussi y contribuer de façon très significative. Le plus souvent, cette avancée résulte d'une collaboration étroite entre les chercheurs et ingénieurs possédant une compétence technologique (issues d'un domaine généralement très éloigné du domaine médical) et les biologistes ou cliniciens. Un exemple évident : l’imagerie biomédicale, qui a bouleversé notre compréhension du vivant et notre approche de la santé, a pénétré les hôpitaux et laboratoires, et dépend de la contribution de physiciens, de chimistes et d’informaticiens travaillant de concert pour répondre aux besoins du biologiste ou du médecin.
Par sa nature même, le domaine des technologies pour la santé est multidisciplinaire et couvre une très grande variété d'applications : outils informatiques, diagnostic, outils et réactifs de recherche, imagerie, automatisme, robotique, micro- et nanotechnologies appliquées à la médecine, suppléance fonctionnelle et assistance à l’autonomie… Les industriels y jouent aussi un rôle prépondérant puisqu’ils mettent à la disposition du plus grand nombre les avancées médicales issues de la recherche.
L’ITS a identifié quatre grands domaines thématiques, ayant chacun des périmètres et des enjeux spécifiques.
Le domaine de l’imagerie inclut l’ensemble des développements technologiques consacrés à l'imagerie que celle-ci soit anatomique ou fonctionnelle, qu'elle s'adresse au "corps entier" ou à des structures cellulaires et moléculaires, qu'elle soit mise en application in vitro ou in vivo pour des applications biomédicales. Dans ce domaine, les principaux enjeux sont d’accroître la sensibilité et la définition des images obtenues, dans le but d'obtenir une information de meilleure qualité et de résoudre un plus grand nombre de problèmes biologiques, physiologiques ou médicaux.
Le domaine des biotechnologies et de la bio-ingénierie concerne les technologies de diagnostic et/ou d’analyse in vitro, leur implantation dans le vivant ainsi que les développements de biomatériaux associés à la médecine régénérative, et les technologies associées à la bioproduction. Les applications en santé publique se situent notamment dans le domaine du diagnostic, de la prévention et du traitement des pathologies et des traumas. Les enjeux sont de parvenir à établir un diagnostic précoce et efficace pour un plus grand nombre de pathologies, permettant aussi un suivi thérapeutique - ce qui implique, entre autres, une vraie validation clinique de nouveaux biomarqueurs. Pour les dispositifs implantés, il s’agit de renforcer la biocompatibilité, la bioactivité, la biofonctionnalité, la portabilité et la longévité in situ.
Le domaine du développement du médicament, dans le cadre défini par l’ITS, concerne essentiellement les technologies pour l’aide au développement du médicament générique ou éthique. Les recherches visent à améliorer l’efficacité du criblage, l’évaluation précoce de l'efficacité, de la toxicité et de la biodisponibilité des candidats médicaments, la simplification et l'accélération du temps de développement des médicaments en ayant recours, notamment, à la modélisation, les technologies de vectorisation et d’administration des médicaments ainsi que les outils de pharmacologie clinique. Dans ce domaine, le principal enjeu est de s'engager résolument vers une médecine personnalisée en accélérant le développement des médicaments sur la base d'un schéma de développement "translationnel".
Le domaine de la chirurgie, techniques interventionnelles, assistance au patient et à la personne comprend les technologies chirurgicales incluant la simulation, la navigation, la co-manipulation et la télé-opération, les instruments, les accessoires et appareillages associés. Il recouvre également la radiologie interventionnelle, la radiothérapie, les dispositifs implantables, les dispositifs de suppléance fonctionnelle, les prothèses et orthèses, mais aussi la rééducation et l’assistance aux personnes âgées ou handicapées. Pour les techniques interventionnelles (chirurgie, radiothérapie, dispositifs implantables…), l'enjeu est de réduire le caractère invasif de l’acte, tout en augmentant le taux de réussite et en diminuant les effets indésirables. Pour la suppléance fonctionnelle et l'aide à la personne, il s’agit de combiner une efficacité maximale avec une bonne intégration dans la vie quotidienne.
L’ITS rassemble des forces de la recherche présentes dans les huit partenaires de l’Alliance (Inserm, CNRS, CEA, Inra, Inria, IRD, Institut Pasteur, universités), auxquels s’ajoutent l’Institut Curie et l’Institut TELECOM. Au total, les équipes sont présentes dans 250 unités de recherche, ce qui représente environ 3 700 chercheurs, ingénieurs et techniciens statutaires, 1 700 thésards et 500 post-docs, soit près de 6 000 équivalents temps-plein. Par domaine, l’imagerie, le médicament et les biotechnologies sont à parts égales (environ 27 % des forces de la recherche chacun), le domaine de la chirurgie étant moindrement développé (environ 14 %).
Quelle est la gouvernance de l’ITS ? Une cellule d’animation CEA-CNRS intervient comme maître d’œuvre et anime le comité d’experts (53,6 ko), rassemblant actuellement une vingtaine de chercheurs représentatifs de tous les organismes et de tous les domaines. Lors des premières consultations pour dresser l’état des lieux des technologies pour la santé, une vingtaine d’experts supplémentaires ont été consultés sur des sujets requérant des compétences très précises. La première mission de l'ITS est d'animer scientifiquement les domaines thématiques rattachés à l'institut ; réaliser un état des lieux des forces en présence et des moyens du domaine, périodiquement mis à jour. Pour les chercheurs, ingénieurs et techniciens, il s’agit notamment de coordonner l’action des différents intervenants afin d'améliorer l'efficacité de la recherche française en favorisant la multidisciplinarité et le multipartenariat.
Outre cette mission relative à l’organisation et à la stratégie de son domaine thématique, l’ITS est aussi chargé d'œuvrer à une meilleure valorisation de la recherche. Il s’agit de coordonner les différents opérateurs nationaux (organismes de recherche et unités de valorisation) dans le but de faire émerger des projets innovants et ambitieux, répondant à un vrai besoin scientifique ou médical, pouvant (autant que faire ce peut) être valorisés industriellement. Pour cette tâche, le COPIO (Comité de pilotage inter-organismes) a été mis en place et se réunit mensuellement. À la différence des procédures habituelles (appel d’offres annuel), le COPIO est ouvert en permanence aux projets émergents, dont il assure la sélection et qu’il accompagne ensuite dans un processus de maturation (analyse de la pertinence scientifique, technologique, clinique et économique). Les seules contraintes sont de déboucher sur une application tangible et d’impliquer au moins deux organismes de l’Alliance.
Jacques Grassi
Directeur de l’institut Technologies pour la santé